Wallace Black Elk

L’Homme-Médecine par Wallace Black Elk

"Parlons d’abord du mot « médecine ». Il ne veut pas dire la même chose pour vous et pour moi. Dans certaines spiritualités, les mots peuvent prendre une acception plus englobante que dans d’autres. Pour nous, il n’y a pas de limite entre la médecine, la religion et la manière de conduire sa vie.
Il s’agie de la même notion, pour laquelle nous utilisons ici votre mot « médecine ».
C’est pourquoi, plutôt que celui d’homme-médecine, certains emploient le terme « chaman », qui a selon eux l’avantage de cumuler la notion de guérisseur avec celle de visionnaire. Le chaman est un peu clui qui sert d’intermédiaire entre le visible et l’invisible.

Si nous sommes à ce point aussi embarrassés par le terme d "homme-médecine », c’est aussi parce qu’une langue traduit les valeurs de ceux qui la pratiquent. A ce titre, un mot unique dans un langue se traduira par plusieurs mot dans une autre. Chez vous, la spiritualité n’est qu’un élément de la culture humaine parmis d’autres ; c’est pourquoi le mot homme-médecine vous paraît suffisant quand vous pensez à nos dons guérisseurs. En revanche, la spiritualité est chez nous la notion essentielle, celle autour de laquelle gravitent toutes les autres ; alors, puisque la notion est riche, le vocabulaire l’est aussi. Je vais donc vous parler des différents mots que vous traduisez, si pauvrement, par « homme-médecine ».

Vous verrez que chacun d’eux décrit une pratique différente de nos thérapies, doublée d’une relation particulière avec les Esprits. Unifier ces notions comme vous le faites reviendrait à n’avoir qu’un seul mot pour traduire cardiologue, pneumologue ou dermatologue, psychologue, prêtre et philosophe !

Dans notre vocabulaire, il existe sept sortes d’hommes-médecine, autant que de rites révélés par la Femme-Bison, ou que de feux du Conseil :
Le Heyoka, qu’on appelle aussi « contraire », ou « clown sacré », fait tout à l’envers. Il peut ainsi se rendre cocasse et drôle. Pourtant, il détient de grands pouvoirs qui lui viennent du Tonnerre, comme le don de protéger les siens des intempéries. Le Heyoka parle aux Esprits du temps. Il peut provoquer la pluie ou dévier la tornade. Les Heyokas sont très peu nombreux. Presque tous vivent dans la Dakota du sud. L’un eux d’eux est resté célèbre. Il s’agit de mon parent Nicholas Black Elk. Son enseignement a fait le tour du monde, car il est l’un des plus grands visionnaire de la nation Lakota.

Le Pejuta Wicasa détient, poussé à l’extrême, le pouvoir des plantes. Il sait les choisir, à la fois en fonction de votre maladie et des réactions spécifiques de votre corps. Beaucoup de Pejutas sont des femmes, qui exercent leurs dons de la puberté à la ménopause, et les transmettent ensuite.

Le Yuwipi soigne à l’aide du pouvoir des pierres. Il peut franchir les distances géographiques par la télépathie et le fossé du temps par la conscience du passé, du présent et de l’avenir.

Le Waayatan maîtrise les pouvoirs des rêves et des visions. C’est pourquoi il peut lire dans le destin des hommes.

Le Wapiya guérit les maladies de la lymphe, du sang, des nerfs. Il est aussi capable de contrôler ce que font les autres hommes-médecine. Le destin du Wapiya est extraordinaire. C’est lui qui porte le poids le plus lourd, et personne ne devient Wapiya sans courir les plus grands risques. En effet, le Wapiya est un guérisseur, mais aussi un envoûteur. Il peut provoquer la maladie, et lui seul pourra la chasser. Il est déchité entre les deux pôles de sa personnalité. D’un côté, il peut guérir les gens, de l’autre, il s’acharne à les blesser.

Le Winkte se reconnaît facilement. Si c’est un homme-médecine, il se traversit en femme, Si c’est une femme, elle se déguise en homme. C’est à lui qu’on fait généralement appel pour donner un nom aux bébés.

Le Wicasa Waka, enfin, réunit entre ses mains les pouvoirs des six autres homme-médecine dont il a, dans son passé, pratiqué l’art. Son nom signifie « Homme sacré ».

Dans tous les cas, les pouvoirs de l’homme-médecine sont hérités de la femme-élan, qui vint il y a dix-neuf générations nous enseigner que toute physiologie humaine repose sur quatre substances : l’eau le maïs, les baies et la viande. C’est pourquoi, lors de certaines cérémonies de guérison, nous plaçons sur un autel des récipients contenant ces matières. C’est aussi pourquoi nous jouons d’un certain tambour, en chantant le chant de la femme-élan. Il faut surtout comprendre que l’homme-médecine n’est en réalité que le réceptacle, le truchement de l’Esprit-Médecine.

Source « La leçon indienne, Les secrets d’un homme-médecine, Entretiens avec Wallace Black Elk, éd. Michel Lafon


"Black Elk. Les voies sacrées d'un Sioux Lakota" 
Wallace Black Elk et William S. Lyon 

(The Sacred Ways of a Lakota)
Dédicace en forme de prière par Wallace Black Elk.

''Wallace Black Elk est un homme-médecine et un leader spirituel des Sioux lakotas. Né en 1921 sur la réserve de Rosebud, Dakota du Sud, il a parcouru les Etats-Unis, voyagé en Europe et en Asie, pour transmettre l'enseignement traditionnel de son peuple et conduire des cérémonies de guérisons. Ce récit à la première personne fut salué par la critique et les spécialistes en anthropologie comme l'une des contributions les plus importantes et les plus pures sur le chamanisme et la spirutualité des Indiens d'Amérique de cette deuxième partie du XXè siècle.'' L'éditeur. : La formation d'un chaman : Les Anciens. Les temps difficiles. La philosphie du Peuple de la terre. La Chanunpa. La Loge des Etres de Pierre - Les Pouvoirs du Grand Mystère : Les pouvoirs de l'esprit. Ne jamais se laisser gagner par le doute. L'Aigle. Tout mourait autour de moi. Chevaux et âmes perdus. Le Pouvoir de Iktomi."



Les Chamans par William S. Lyon*

« Depuis les tout premiers contacts des Blancs avec les peuples natifs d’Amérique du Nord, rien n’a plus intrigué nos esprits occidentaux que les pouvoirs du Grand Mystère des chamans indiens (homme-médecine). Bien que le chamanisme ait existé sous différentes formes dans presque toutes les cultures à travers l’histoire, il reste que nous ne connaissons encore que très peu de choses sur les pouvoirs remarquables des chamans. Ce qui ressort néanmoins de nos études sur le chamanisme, c’est qu’il s’origine au plus profond de la psyché humaine. Il implique la capacité d’entre « à volonté » en état altéré de conscience afin d’obtenir l’appui des esprits. Ceux-ci, ainsi que l’aide qu’ils apportent, se manifestent de manière mystérieuse. Il est en effet impossible à quiconque de savoir quel esprit va se présenter ni comment il va agir. Ils semblent se mouvoir selon leur volonté propre bien que, lorsque l’un d’eux apparaît à un chaman, on dise qu’il a été « capté » par ce dernier. Cependant, un esprit ayant été « capté » une fois peut être rappelé n’importe quand par l même chaman. Les rites et techniques employés pour cela diffère d’un chaman à un autre, car il s’agit le plus souvent d’un enseignement issu directement des esprits. D’ailleurs, il n’est pas rare que le chaman reçoive un chant sacré – un chant d’appel."

"Le chamanisme nord-américain est unique en ce sens qu’il n’a été que très peu affecté par les grandes religions du monde, ce qui n’est pas le cas des chamanismes européen, asiatique et africain, lesquels revêtent souvent des connotations taoïstes, chrétiennes ou bouddhistes. Le chamanisme d’Amérique du Nord est, quant à lui, resté fondamentalement le même depuis des millénaires. Prenant sa source dans la nature et les éléments naturels, cette pratique ancestrale est peut-être l’une des plus pures et des plus puissantes existant à l’heure actuelle. Elle a survécu de justesse aux assauts de la civilisation et aux persécutions de l’Eglise et de l’état. Mais il reste très peu de véritables chamans, et la plupart d’entre eux vivent à l’abri des regards, dispersés le long des routes secondaires sur les réserves du pays. Peu affectés par le monde extérieur, ils soulagent discrètement e dans la plus grande humilité ceux qui viennent les consulter. Si l’on se place du point de vue de la psychologie de la conscience, ce sont des maîtres-techniciens des états altérés de conscience. Nous devrions protéger ces professionnels timides et insaisissables comme nous protégeons nos espèces les plus menacées. Gardiens d’un force de l’humanité rare mais jadis toute puissante que nous comprenons mal. Et pourtant, à supposer que nous survivions aux menaces que constituent le Sida, les déchets nucléaires ou l’effet de serre, il serait bien naïf de notre part de ne pas rechercher leur assistance. »

« Ce furent les sprints imaginaires de Carlos Castaneda au pays des chamans qui, dans les années 1970, suscitèrent une vague d’intérêt pour le chamanisme. Bien que Don Juan s’avérât davantage sorcier que chaman, il évoquait des notions de pouvoir novelles pour nous. Ses aventures se situaient quelque part entre la fantaisie et l’intrigue. Aux yeux des Indiens traditionnalistes, ce genre de récit n’apportait rien de neuf et ne présentait pas grand intérêt, sans compter qu’ils avaient du mal à croire qu’on puisse désirer vivre la vie d’un chaman. En effet, l’apprentissage du chamanisme exige une grande part de souffrance personnelle, une vie en marge de la société et un courage psychologique suffisamment développé pour ne pas céder à la terreur. Il faut des années avant de savoir déclencher une transe à volonté ; chez les Lakotas, le seul fait d’atteindre le premier « niveau de pouvoir » peut parfois nécessiter quinze ans ou plus d’entraînement sur le contrôle de soi. Les plus grands chamans mènent des vies solitaires et laborieuses dévolues au service d’autrui et le plus souvent exemptes de toute gratification personnelle en retour. Ceux qui se marient craignent parfois pour la sécurité de leurs enfants. Du fait, que leur pouvoirs se manifestent toujours sur les ailes du mystère, les chamans sont sans doute plus suspectés que respectés. Et puis personne ne sort diplômé d’une école de chamanisme, dans la mesure où il s’agit davantage d’une manière de vivre que d’un cours technique sur la magie.

"En 1978, fut signé le « Native American religious Freedom Act ». C’était la réponse du Congrès aux pressions publiques (nées à la suite d’événements tels que l’occupation de Wounded Knee) réclamant la réhabilitation des traditions amérindiennes. Le vote de cette loi incita les chamans traditinnalistes à sortir  de la clandestinité. Aujourd’hui, des hommes médecine comme Rolling Thunder, Fools Crow et Lame Deer sont même devenus célèbres. Et pourtant il n’est pas loin le temps où, dans les années 1920-1930, la plupart des chamans devaient encore officier dans l’ombre. Le seul à faire exception fut Nicholas Black Elk, un chaman lakota dont l’histoire fut retracée par John Neihardt dans « Black Elk speaks » (1932) (Black Elk Parle*) et l’enseignement consigné ultérieurement par Joseph Epes Brown dans « The Sacred Pipe » (1953) (Les rites secrets des indiens sioux*). Ensemble, ces deux livres offrent l’un des regards les plus pénétrants jamais porté sur le chamanisme nord-américain. » (lectures à compléter par « Le Sixième Grand-Père – Black Elk et La Grande Vision »* Black Elk – Raymond J. DeMallie)."

"Après l’ouvrage de Brown, il y eut un silence de vingt ans. Puis en 1972, Michard Erdoes publia « Lame Deer : Seeker of Visions » (De mémoire Indienne*) qui fut suivi en 1979 par le « Fools Crow » de Thomas Mails (L’homme médecine des Sioux*) puis en 1992 de « Gift of Power » de Archie Fire Lame Deer et Richard Erdoes (Le cercle sacré – Mémoire d’un homme médecine Sioux*)."

"Nous avons maintenant la possibilité unique de pénétrer au cœur de chamanisme lakota, cette fois à travers un homme-médecine réputé, Wallace Black Elk avec « The sacred ways of a lakota » publié en 1990 (« Black Elk, Les voies sacrées d’un Sioux lakota »*, Wallace Black Elk et William S. Lyon). Jamais, jusqu’à présent aucun chaman en exercice n’avait soumis au grand public un récit aussi détaillé sur le chamanisme indien. Dans sa vie, Wallace Black Elk tente de parachever ce que Nick Black Elk, le plus grand guide spirituel des Sioux Oglalas dont il est spirituellement apparenté ainsi qu’à son fils Ben Black Elk, n’a pu accomplir, à savoir remettre les pouvoirs du Grand-Mystère entre les mains du peuple indien et voir l’Arbre de Vie refleurir sur Terre."

"Mais Wallace dépasse le cadre de la nation lakota pour d’adresser à tous les êtres humains. Il croit que le pouvoir de la Pipe Sacrée est accessible à chacun de nous. Depuis longtemps, il a remarqué que les esprits, lorsqu’ils se manifestent, ne déclinent aucune identité de race. D’ailleurs, la prophétie lakota fait référence à la Pipe Sacrée comme à un objet devant se divulguer à travers toutes les nations. S’ils veulent en posséder une, les chamans n’a qu’à suivre les préceptes sacrés. Selon Wallace, nous nous porterions tous beaucoup mieux si chacun de nous avait reçu dans sa vie des conseils issus d’une communication directe avec un « ange gardien ». Une telle attitude pourra sembler irritante à ceux qui pensent que les Blancs sont en train de voler aux Indiens leur religion, mais pour Wallace, cette conception du monde va au-delà d’une simple philosophie personnelle puisqu’elle fait partie des enseignements sacrés eux-mêmes.  Dans sa philosophie du Peuple de la Terre, le pouvoir apparaît comme un don du Créateur envers tous les êtres humains."

*Biographies disponibles dans notre librairie

- Elan Noir Parle, de Black Elk & John Neihardt, La vie d'un saint-homme des sioux Oglalas - Nuage Rouge 2014 épuisé
- Elan noir : Les rites secrets des Indiens sioux, de Joseph Epes Brown, ed. Le Mail 1987
- Le Sixième Grand-Père : Black Elk et la Grande Vision, de Black Elk et Raymond J. DeMallie, éd. Du Rocher 1999
- Lame Deer : De Mémoire Indienne, de Richard Erdoes, éd. Plon 1977 - épuisé
- Fools Crow : L’homme médecine des Sioux, de Thomas E. Mail, éd. Du Rocher 1992
- Fools Crow, Sagesse et pouvoir, de Thomas E. Mail, éd. du Rocher 1994
- Le Cercle Sacré : Mémoire d’un Homme-Médecine Sioux, de Archie Fire Lame Deer et Richard Erdoes, éd. Albin Michel, coll. Terre Indienne 1995
- Black Elk : les voies sacrées d’un Sioux lakota, de Wallace Black Elk et William S. Lyon, éd. Le Mail 1995 - épuisé
- La Leçon Indienne : Les secrets d’un homme-médecine – Entretiens avec Wallace Black Elk, de Wallace Black Elk et Paco Rabanne, éd. Michel Lafon 1996 - épuisé
-
White Bird, la quatrième génération, White Bird, éd. Le Mail 1994 - épuisé

Le Cercle Sacré - The Sacred Hoop
par Wallace Black Elk*


"L’interconnexion de toute chose se traduit par ce que nous appelons le Sacred Hoop, le Cercle Sacré. Nous considérons en effet que tout s’inscrit dans un cercle. Comme le disait Nicholas Black Elk : « Tout ce que fait le pouvoir de l’Univers s’opère dans un cercle. Le ciel est rond et j’ai entendu dire que la Terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Le vent, au sommet de sa fureur, tour billonne. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu’ils ont la même religion que nous. Le Soleil s’élève et redescend dans un cercle. La Lune fait de même et tous deux sont ronds."

« Mêmes les saisons forment un grand cercle dans leurs changements et reviennent toujours où elles étaient. La vie de l’homme est dans un cercle, et ainsi en est-il pour chaque chose où le pouvoir se meut. Nos tipis étaient ronds comme les nids des oiseaux et toujours disposés en cercle, le cercle de la nation, le nid de nombreux nids où le Grand Esprit nous destinait à couver nos enfants."

"Dans la figure symbolique sainte que forme le cercle sacré, vous trouverez côte à côte tout ce que votre culture sépare : ce qui vit et ce qui ne vit pas, le mouvement et l’immobilité, la terre et le ciel, le règne animal et le règne végétal… Je peux dès à présent vous dire en quoi se résume toute la philosophie du peuple de la terre : maintenir ce cercle intact."

Les grandes directions cosmiques sont inséparables des étapes de notre vie. De la naissance à la mort, tout être va vers les points cardinaux selon le cycle suivant :

- A l’est, nous naissons
- A l’ouest, nous nous affirmons, nous méditons, nous nous purifions
- Au nord, ce qui est virtuel devient réel : nous nous accomplissons
- A l’intersection des quatre directions, alors que nous nous dirigeons vers le sud, nous rencontrons les autres. Nous devons alors nous offrir à eux, et partager ce que nous avons acquis à l’est, à l’ouest et au nord.
- Au sud, notre âme se sépare de notre corps.
- Puis, avec tous ses acquis, l’esprit va vers l’est pour renaître en une nouvelle génération.

Tel est le cycle éternel. Sa forme contient à la fois la croix et le cercle.


Roue Médecine de Sun Bear



Les couleurs par Wallace Black Elk*
 
Tous les éléments du cosmos sont représentés dans nos rites à travers des couleurs. Cela va me permettre de vous faire découvrir les richesses de notre symbolisme.

- La robe (étoffe pour les esprits) noire est là pour symboliser l’ouest, d’où vient la nuit, et qui évoque l’automne.
- La robe rouge représente le nord, d’où procède l’hiver.
- La robe jaune désigne l’est, d’où viennent la première lumière du Soleil, la connaissance et le printemps.
- La robe blanche matérialise le sud, qui évoque l’été, la chaleur de la Terre et la reconnaissance que nous lui devons.
- La robe bleue nous rappelle la profondeur du ciel.
- La robe verte nous ramène à la Terre.

Une robe rouge est là pour nous remémorer la diversité et l’unité des nations. Nous y accrochons une perle ou un coquillage qui symbolisent l’eau des profondeurs, ainsi qu’une plume d’aigle, qui se réfère à l’air des cimes.

Il est important de remarquer que les quatre premières couleurs sacrées, le noir, le rouge, le jaune et le blanc, correspondent ainsi aux différentes races humaines. Nous y voyons le signe que ces races sont aussi nécessaires et complémentaires que les points cardinaux (les quatre vents), sans lesquels l’espace n’existerait pas. 

La couleur de notre Grand-Mère Terre est le brun, qui constitue le mélange des quatre couleurs. 


Les Plantes Médecine par Wallace Black Elk*

Les plantes sont comme les pierres : il y a en elles un principe positif et un principe négatif. Quand l’homme-médecine part dans les prairies pour y procéder à la cueillette, les plantes se désignent à lui autant qu’il les choisit. Leur choix est mutuel. Ce qui importe de retenir, c’est que nous sommes capables d’une véritable « communication » avec le monde végétal. Voilà ce que professe le peuple de la Terre.

Les Hurons soignaient le Scorbut par une décoction d’écorce et d’aiguilles de pin tisga, qui ont pour particularité leur extrême richesse en vitamine C. cette recette leur fut empruntée, et la plupart des malades français guérirent. A l’époque, aucun médicament de Blanc ne pouvait accomplir un tel miracle ! Puis les Européens oublièrent la leçon des indiens, et il leur fallut attendre la fin du XVIIIe siècle pour retrouver, dans le jus de citron, les propriétés de la vitamine C.

Il a fallu bien longtemps à vos savants pour comprendre que, dans l’écorce de saule blanc, on trouve un produit appelé saligénol. Cette substance, sous l’effet de l’oxygène, se transforme en aldéhyde, puis en acide salicylique ! Sans connaître les mots justes, nous savions depuis toujours que le saule blanc et le peuplier contiennent cette molécule que vous appelez aspirine, qui éloigne les douleurs, les fièvres et les rhumatismes. Nous faisions macérer les écorces réduites en miettes pour en faire des infusions.

Dans les prairies de l’Ouest que traversaient les chariots des colonisateurs, la violence était monnaie courante. Les Blancs s’intéressèrent très vite à la manière dont nous soignions les plaies. Ils copièrent no pommades, réalisées à base de plantes de la famille des balsamorhiza. Au même moment, nos frères du nord-est inventèrent le baume du Canada, dont les principes actifs sont tirés du sapin baumier.

Nous connaissons aussi la teinture d’arnica qui apaisait les inflammations et s’appliquait sur les entorses.

Parfois, biensûr, des fièvres accompagnaient les blessures. Nous n’avons pas attendu que vous synthétisiez le paracétamol pour les combattre avec efficacité, grâce à des substances tirées du cornouiller ou de la sanguinaire.

Chez les Indiens, les problèmes de nature gynécologique revêtent une grande importance en raison du tabou qui accompagne, en particulier, la menstruation. C’est pourquoi, sous cette pression, nos femmes ont su identifier les remèdes qui soulagent les règles pénibles. L’un d’eux est le « Squawroot », ce qui signifie littéralement « racine de femme ». Il s’agit d’une sorte de lichen qui se greffe sur les racines de certains chênes. Un autre traitement est fondé sur les vertus de l’armoise, une de nos plantes médicinales majeures. Et pour faciliter l’accouchement, c’est la racine d’une orchidée que nous utilisons, celle que les Blancs ont appelée pour cette raison « birthroot », ce qui signifie « racine de naissance ».

Ma familiarité avec les plantes m’a appris en outre qu’un roseau nommé « açore vrai » constitue un bon antiseptique. Il traite aussi l’insomnie, l’agitation et les spasmes.

L’ « andropogon » convient pour soigner les indigestions. Nous connaissons l’ortie pour ses effets sur les maladies du système urinaire, et pour ses caractéristiques hémostatiques. Nous utilisons le plantain majeur comme anti-inflammatoire ; les différentes espèces de renouées comme antalgique ; la racine d’anis comme lénifiant. La menthe mâle, ou petite menthe, sert à détendre le corps et à calmer l’esprit. La menthe femelle, ou grande menthe, st purgative. Elle soulage aussi l’asthme et les troubles respiratoires.

La plante sacrée entre toute est la sauge. Elle est, entre autres vertus, antiseptique, tonique et astringente. Nous lui prêtons des pouvoirs extraordinaires. Par exemple, nous pensons qu’elle protège de l’électricité et de la foudre. Je m’arrête là, car la liste pourrait être longue. Je ne vous apprendrais pas grand-chose, en vérité, car les connaissances de vos botanistes et pharmacologues ont rejoint les nôtres, acquises par pragmatisme et intuition. Certains de vos chercheurs savent désormais, comme nous, que les principes actifs d’une plate varient selon le moment de la journée, l’ensoleillement, la température. Sur ce plan-là, cependant, il nous reste encore une longueur d’avance, car nous détenons le privilège de comprendre la langage des plantes.

Il existe toutefois des maux que l’homme-médecine se révèle incapable de soigner. Les maux apportés par les Blancs. Je les rangerai en deux catégories : les maladies inconnues chez nous avant l’arrivée des colonisateurs ; et les maladies provoquées par la manière de vivre qui nous fut imposée, et qu’on appelle les maladies de civilisation.

Les Animaux Médecine*

Les Esprits de nos frères animaux ont su rester de plain-pied avec les forces naturelles. Quand il est malade, l’élan sait quelle herbe manger pour se guérir. Ce sont ses Esprits qu’il convient d’invoquer pour obtenir une bonne médecine.

Iktomi, l’Esprit Araignée, qui défait ce qui est tissé trop fin pour que l’homme puisse d’en débarrasser. Il soigne aussi l’agitation chez les enfants instables. C’est la médecine de l’Araignée.

Parlons à présent du Faucon rouge. Comme la lumière, il vient de l’est. C’est pourquoi, il entretient un lien particulier avec la connaissance. Par ailleurs, il est sans crainte et agile. Son regard se joue de la distance. Nous pouvons l’invoquer quand nous ne distinguons pas bien les messages provenant de notre environnement, et il nous offrira le discernement.

Le Loup remplit sa mission : il contribue à la sélection naturelle, dans le cadre d’un plan défini par la Créateur. Par sa nature, il est semblable à l’homme : terriroir, grégaire, loyal et attaché à sa famille.

Le Bison est la grand frère des Sioux. Sa peau tendue sur les perches du titi, ou cousue sous forme de vêtements, leur offrait l’abri. Sa chair fournissait nourriture. Le cérémonial de la chasse était l’occasion de manifester la fraternité qui reliait les chasseurs entre eux, et les chasseurs à leurs proies. Le bison est l’animal qui vient du sud. Il arrive en troupeau et anéantit les maladies des cellules. C’est la médecine du bison. Le bison est sacré entre tous les animaux, puisque c’est sa forme qu’é choisie le femme-bison pour venir offrir la Chanunpa au peuple de la Terre.

L’Ours brun vient aussi du sud. Ses griffes et sa gueule aiment s’introduire dans les anfractuosités des troncs, des roches et du sol. Elle savent en faire remonter les médecines de Grand-Mère Terre.

L’Ours polaire, lui, incarne la patience, l’endurance, la résolution et la solitude. Il nous livre un message de ténacité.

La Chouette blanche est le messager de l’ours polaire. Elle veille sur nous, même au cœur de la nuit, période au cours de laquelle ses facultés sont supérieures à celles de l’homme. Elle vient du nord.

L’Aigle doré symbolise le pouvoir de la foudre et des grandes pluies venues de l’ouest.

Le Cheval, dans la langue lakota, porte un nom qui signifie Chien sacré. N’oubliez pas que les Indiens n’en avaient jamais vu avant l’arrivée des Blancs. Le cheval symbolise la plus puissant pouvoir de l’univers.

L’Aigle pêcheur est le symbole de la souveraineté. Son regard est celui par lequel l’Esprit contemple la création. Sa plume est sacrée : elle apporte générosité, l’esprit de sacrifice et la sagesse. Mais on ne peut la mériter que si l’on est noble et courageux. Ne tuez jamais un aigle, cette mauvaise action vous porterait malheur. 

La Tortue représente symboliquement notre planète, la Terre. Autrefois, nous savions que si les tortues quittaient les environs d’une rivière, c’est que celle-ci était en voie de s’assécher. Cet animal vit entre deux mondes, fréquentant aussi bien la terre que les eaux.

La Libellule passe sous les pierres et les galets d’un ruisseau les premiers  temps de sa vie. Puis elle se métamorphose en une sorte de magnifique dragon volant. Venue de l’eau, elle réside désormais dans l’air. Nous y voyons une métaphore de l’homme, quand il parvient à quitter le territoire des contingences matérielles pour se hisser vers la sphère de l’esprit. Comme nous, la libellule cherche la connaissance, mais elle a su, par sa métamorphose, décupler ses moyens d’y parvenir. Enfin, la libellule est l’insecte des quatre saisons. La libellule rouge vient à nous au printemps. La libellule jaune nous rend visite l’été, la bleue, couleur de pluie, arrive à l’automne. Enfin, la libellule, l’hiver, fréquente les profondeurs des rivières et des étangs.

Le Coyote a des pouvoirs extraordinaires. Il met les gens hors de danger. Pourtant, il est honni, chassé, persécuté.
 

Les Pierres, par Wallace Black Elk*

Je crois que chaque minéral émet une fréquence qui lui est propre, mais que nous percevons de façon plus ou moins aiguë selon nos rapports avec les pierres. Ces pierres nous parlent ainsi, en se mettant, parfois, en résonnance avec les vibrations de notre corps ou de notre esprit. Chaque pierre est choisie pour sa vibration, grace à laquelle elle nous parle  ou agit sur notre corps et notre esprit. Il existe deux sortes de pierres-médecine. Les pierres brutes, venues de l’espace et les cristaux qui s’élèvent vers lui.

Nous appelons les pierres Yuwipi. Elles sont des messagers qui nous viennent parfois de la Nation des Etoiles. Les Esprits utilisent ces pierres, les noires en particulier, pour nous faire comprendre ce qu’ils ont à nous dire. Il nous faut alors décrypter les signes que constituent la position de ces pierres, leur orientation et leur forme. Les galets transparents que l’on trouve souvent à proximité des ruisseaux sont les pierres de pluie. Elles sont très précieuses car elles ont effleuré les Esprits des ancêtres et reçu d’eux des vertus fécondantes. Elles apaisent les fièvres et facilitent la parturition. Les yuwipi rouges, comme la catlinite, sont nées du sang de l’homme ou des animaux. Par simple contact, elles nous mettent en relation avec les temps abolis et les êtres disparus. Portées en collier, elles nous renforcent, moralement aussi bien que physiquement. L’obsidienne purifie le corps et l’esprit, car sa vibration amortit les mauvaises ondes que nous pouvons émettre. Quant à l’émeraude, elle est la pierre qui cicatrise, régénère ou reconstitue les tissus. Pierre lunaire ou pierre de lune par excellence, elle symbolise le renouveau de chaque chose.

Certaines pierres sont liquides, comme le pétrole. Les plus puissantes des yuwipi sont les pierres de tonnerre. Les pierres sont comme l’éclair : un compromis entre des forces positives et négatives, un état de la matière qui découle d’une tension. Si toutes les pierres sont ainsi polarisées, il en est certaine qui contiennent tous les affrontements, toutes les dualités, toutes les forces antagonistes de l’univers. Elles sont appelées les pierres de Tonnerre. Quand éclate l’orage, nous guettons l’éclair.
Les cristaux sont un instrument de la connaissance. Nous appelons le quartz « Pierre de Lumière ». En effet, sa transparence désigne comme intermédiaire entre l’univers du visible et de l’invisible. Le quartz aussi bien que le cristal de roche peut servir de talisman. Il renforce la clairvoyance  de celui qui le porte, et sa capacité à recevoir des visions. Le chaman, ou Homme-Médecine « Pejuta Wicasa » l’utilise pour sa vibration, qu peut le transporter  à travers le temps. Les autres cristaux blancs influencent favorablement la partie de notre cerveau où siègent les rayonnements, l’intelligence analytique. L’améthyste, elle, stimule la zone de notre cerveau qui gère les intuitions, le sens artistique, l’intelligence globale.


L’Inipi ou Sweat Lodge par Wallace Black Elk*

L’homme-médecine, ou l’officiant principal, pénètre en premier dans la loge. Puis les autres participants. Il y a 16 places, correspondant aux intervalles entres les tiges de saule. Chacune de ces places est un lieu où s’accomplit un mystère particulier, relatif à un domaine spécifique de l’activité humaine, ou à un élément naturel. Dans l’ordre des aiguilles d’une montre et en partant de l’ouest, on trouve les emplacements dévolus aux éléments suivants : l’énergie, l’équilibre, les rocs, la lune, les menstrues, l’activité sexuelle, les champs électriques, les oppositions majeures, la sagesse, les animaux et les rêves, les tempêtes et orages, l’eau, la peur des ténèbres, l’univers mental, l’univers spirituel puis le dernier, c’est le lieu où s’accomplit l’union sacrée de l’eau, du feu et de l’air avec la Terre. Là où se trouve le cercle des fantômes.

Les effets de la Sweat Loge. Les pores de votre peau se dilatent. Vos poumons de dilatent. Votre esprit se dilate. Votre cœur se dilate. Tout en vous s’élargit pour embrasser l’univers. C’est cela, la vertu de la Loge. Le temps de la cérémonie, vous vous fondez dans le Grand Tout.

Pendant la cérémonie, vous oubliez les usages sociaux. Un homme peut, sans crainte de paraître perdre sa virilité, pleurer pour évacuer les émotions parasites et retrouver la paix. Pleurer est si nécessaire, et ce tabou des larmes tellement fauteur de troubles ! En outre, chaque participant peut instituer avec ses voisins de prière une relation d’égalité absolue. Dans la loge, tout le monde prend conscience de l’égalité entre les êtres face au Créateur.

Sur le plan physique, les effets de la Loge sont connus, car ils ressemblent à ceux du sauna, bien que plus forts. Les toxines sont évacuées. Même s’ils disent en ignorer les raisons, vos savants ont montré que la pratique régulière du sauna – et donc en partie de la Loge – confère une plus grande immunité contre les maladies infectieuses : à la sortie, les globules blancs circulent en plus grand nombre dans le sang. Ils ont aussi prouvé que cette pratique améliore l’état des personnes souffrant d’urticaire, d’eczéma, d’inflammations cutanées : le sauna stimule la circulation sanguine dans le derme et l’épiderme, qui sont ainsi mieux nourris. Vos chercheurs estiment également que le sauna améliore la santé des personnes modérément hypertendues. Quant aux psychiatres et aux psychanalystes que j’ai rencontrés, ils sont catégoriques : la Loge provoque automatiquement une régression fœtale grâce à laquelle « les compteurs peuvent se remettre à zéro ». Vous êtes comme dans le ventre de votre mère, Du stade intra-utérin à l’âge adulte, vous accomplissez un parcours symbolique, comme dans ces simulacres et psychodrames organisés par les psychologues à l’intention de leurs patients. La différence est que chez nous, cela se fait sans violence… Mais l’essentiel reste que la Loge est le lieu où les Esprits viennent à la rencontre de l’homme.

La Loge est reliée aux astres, au cosmos. 

*Source : "La Leçon Indienne : Les secrets d’un homme-médecine – Entretiens avec Wallace Black Elk", de Wallace Black Elk et Paco Rabanne, éd. Michel Lafon 1996 - édition épuisée


LA PIPE SACREE OU CHANUNPA WAKAN chez les Sioux Lakota

La Pipe est l'objet Sacré par excellence. La fumée qui s'en échappe permet, selon les traditions, de communiquer avec le Grand Esprit "Wakan Tanka". Elle est uniquement fumée pour les cérémonies fondamentales et les grandes occasions. La fumée de la pipe rejoint le Grand Esprit, en emportant avec elle les messages et les prières de tout le peuple. Symbole de l'unité et de l'harmonie, la Pipe Sacrée ou "Chanunpa Wakan", est présente dans pratiquement toutes les nations des États-Unis et du Canada.
Le fourneau de la Pipe représente la Terre, l'Univers, le principe féminin du monde, la couleur rouge du sang. Son Tuyau, l'Arbre de Vie, le principe masculin du monde.  Les quatre éléments originels sont réunis dans la Chanunpa : le Feu, à travers l'étincelle qui vibre dans le fourneau, le Roc dont est constitué le fourneau lui-même, la Végétation grâce au bois du tuyau, et l'Eau que nous apportons par la vapeur de notre souffle. 
Le fourneau de la pipe est modelé dans la pierre à savon "Soap stone" ou la pierre Catlinite rouge, et le bois de frêne sert à fabriquer le tuyau. On remplit généralement la Pipe Sacrée du mélange Kinnick-Kinnick à base d'écorce de saule rouge, de racines et herbes aromatiques et de tabac.


"Chanunpa"

Pipe sacrée Sioux-Lakota





Prière de Wallace Black Elk adressée à Tunkashila*
et dédicace*


IHO

Tunkasila, unci maka wamakanskanya
Tatuye topa kin lena tawaic’iya nanke.
Na maka wita kin le, cannunpa kin le,
Ikce wikasa hena unkawanlakapi,
Wicouncage topa kin lena wicotakunisni
Hinajinpi esa hena kakusyeya najin yo !
Tunkasilam unsimala yo !
Ohunkesni na wakanyeja hena iyuskinya,
Zaniya manipi kte.
Wokiye kaga yo !
Taku wakan ecetkiya hounkiciciya po ! Mitakuya ob
Takuni itokeca kte sni.
Mazani kte ! Wani kte ! 
Tunkasila, hoiciciyelo
Unsimala yo ! Omakiya yo !
Mitakuye Oyas’in

Wanbli Cik’ala

***

Grand-Père,
Grand-Mère,

Aux Pouvoirs des Quatres Vents
Dans la Nation Animale.
Veillez
Sur la Chanunpa, sur Grand-Mère Terre,
Et sur les Hommes :
Nos Ancêtres, nos Ainés,
Nos Jeunes Enfants,
Et les Générations à venir.
Tunkashila,
Aie pitié de moi.
Je prie avec la Chanunpa
Pour mon Peuple, pour toute vie,
Pour la santé et le bonheur.
Grand-Père,
Grand-Mère,
Ecoutez ma prière.
Je me fais humble,
Aidez-moi.
C’est moi
Wanbli cik’ala.

Mitakuya Oays’in (Tous les miens)

Je dédie ce livre aux Hommes, aux Aînés et aux générations à venir :

…de la Nation Noire
… de la Nation Rouge
… de la Nation Jaune
… de la Nation Blanche
… aux Esprits Animaux
… aux Quatre Vents
… à la Nation de l’Aigle Tacheté
… et à la Nation de la Taupe

Je désire rendre hommage à mes Ancêtres qui ont courageusement porté la Pipe Sacrée, la Chanunpa, et prié pour nous : les Hornchips et les Moves Camp.

Cette prière est dédiée :

A ceux de notre Peuple qui ont déposé leur robe avec bravoure afin de garder vivants nos Rites Sacrés, et à tous ceux qui ont rejoint le Monde des Esprits.

Aux Gardiens de la Chanunpa : Stanley et Orville Looking Horse, et à leur famille.

A tous les Porteurs de la Chanunpa.

A tout mon Peuple.

A ma Famille.

Aux Êtres pierre, aux Hommes Médecine, à la Génération du Feu. Enfin, à notre Grand-Mère Terre et à Tunkashila.

Je remercie tout particulièrement Bernard Ice, Cindy Chadwick, Bob Tichy et Calvin Fast Wolf de l’aide qu’ils m’ont apportée pour la transcription de cette dédicace.

Wallace Black Elk

Arbre de Vie
Tous les hommes et leurs interactions avec la création, S’ils suivent la « Route Rouge », c’est-à-dire mènent une vie inspirée par la spiritualité, l’Arbre de Vie fleurira et ils prospéreront. S’ils suivent la « Route Noire », c’est-à-dire une vie régie par les préoccupations matérielles, l’arbre dépérira. 

Chanunpa
Pipe Sacrée en lakota, souvent appelée de manière incorrect « Calumet de la Paix ». Cha signifie « bois » ou « arbre » et nunpa, « deux ».

Esprit-Tonnerre ou Êtres-Tonnerre
Puissants esprits de l’Ouest. Leur arrivée est annoncée par des éclairs ou un coup de tonnerre. Le pouvoir de Black Elk provient essentiellement de ces esprits.

Femme Bison Blanc
Dans l’histoire des Lakotas, femme-esprit qui leur apporta leur première Chanunpa taillée dans l’os de la patte d’une femelle bison.

Feu, roche, eau, végétation
Dans la philosophie du Peuple de la Terre, les autres constituants essentiels à l’origine de toute chose existante.

Grand-Mère
Aspect féminin du Créateur personnifié par la connaissance, la Terre, la naissance etc.

Grand-Père
Aspect masculin du Créateur personnifié par la sagesse, le ciel, la lumière, etc. Tunkashila.

Hanbleceya
Mot lakota désignant le rituel de la quête de vision. Hanble signifie « jeûner » et « parvenir à la vision », et ceya, « implorer » ou « pleurer ». Dans ce cas, ceya serait peut être mieux traduit par « prier ardemment. Hanble vient aussi de han, contraction nominale signifiant « nuit » et de ble, « lieu tranquille » ou « lac ».

Heyoka
Mot lakota traduit généralement par « clown ». Plus exactement, il définit les gens qui ont eu une visions des Êtres-Tonnerre (à l’origine de la foudre et du tonnerre) et qui, par la suite, développent une forme de langage systématiquement consistant à dire exactement le contraire de ce qu’ils pensent. Ce comportement socialement accepté, concerne également les actes de cette personne, la faisant sortir nue en hiver, « se laver » dans de la terre, monter à cheval à l’envers, etc.

Iktomi
Mot lakota désignant une araignée ainsi qu’un héros folklorique. Iktomi est considéré comme un esprit de pouvoir pouvant être appelé lors’une guérison, notamment pour soigner des problèmes nerveux.

Ile de la Tortue
L’Hémisphère Ouest (Amériques du Nord et Sud).

Kinic-kinic, ou Kinnickkinnik, ou Kinikinik
Une des plantes entrant dans la composition du mélange à fumer utilisé par Black Elk pour remplir sa Chanunpa. (Appelé également « Bear berry », Arctostaphylos uva-ursi).

Lakota
Langage parlé par le peuple de Black Elk, les Oglalas (Sioux) des réserves de Rosebud et de Pine Ridge. Egalement, nom que se donnent Black Elk et son peuple.

Loge des Êtres Pierre
Terme préféré de Black Elk pour désigner la cérémonie de purification de la sweat-lodge.

Maka
La Terre, la terre, le territoire, le sol, en lakota.

Médicine
Le pouvoir mystérieux présent dans l’univers, et non pas seulement un remède prescrit. Il existe une bonne médecine et une mauvaise médecine ; une grande médecine et une petite médecine ; une eau médecine (whisky) ; un peuple médecine (les plantes utilisées pour soigner) ; une médecine de l’ours (un rituel pour des applications spécifiques du pouvoir) ; un cheval médecine (le chien), une médecine de l’élan (pour les femmes) etc.

Mitakuye oyasin
En lakota, « tous les miens ». Cette phrase fréquemment prononcée durant les rites est destinée à rappeler aux gens leur parenté avec tout ce qui existe. Elle est dite avant d’entrer dans la loge des Êtres Pierre, à la fin d’une pripre personnelle, au moment d’ouvrir la porte de la sweat-lodge, après avoir fumé la Chanunpa, etc.

Mni
« eau », en lakota. Composé de la racine ni signifiant « le souffle de quelqu’un » ou « sa vie ».

Nation des Aigles
Les aigles, qui ont pour fonction de contrôler le temps. Dans les prières de Black Elk, expression servant à désigner le zénith.

Nourriture sacrée
Traditionnellement, offrande de nourriture faite à chaque cérémonie, comprenant de l’eau, des baies (de préférence des merises), du maïs et de la viande, présentés séparément dans des bols en bois que l’on place sur l’autel. Cette nourriture doit être préparée d’une manière spéciale et est généralement consommée par tous les participants à la fin de la cérémonie.

Paquet médecine
Peau d’animal dans laquelle sont enveloppés les instruments sacrés du chaman. Les paquets peuvent contenir une seule médecine spécifique ou plusieurs, parfois une flèche sacrée, une Pipe Sacrée ou un tambour. On y trouve habituellement des pierres sacrées, des plumes, des plantes, des sifflets, etc.

Peuple de la Terre
Terme employé par Black Elk pour désigner tous les êtres humains vivant selon une philosophie fondée sur l’esprit et la nature, à l’image de celle que connaissent les premières cultures amérindiennes. Black Elk se considère lui-même comme un « Homme de la Terre ».

Pipe Sacrée
Instrument rituel utilisé couramment par les Indiens d’Amérique du Nord. Elle consiste en un fourneau de pierre en forme de coude connecté à un tuyau de bois. Elle est employée principalement pour la consécration des actions et de la communication avec les esprits. Black Elk la considère comme l’outil le plus saint du monde. Voir Chanunpa.

Quatre Vents ou Quatre Directions
Les quatre points cardinaux d’une boussole. Le « Pouvoir des Quatre Vents » est le pouvoir sur l’espace. Par exemple, si quelqu’un veut entrer en contact avec l’esprit d’une personne décédée, le chaman peut appeler le pouvoir des Quatre Vents pour qu’il recherche cet esprit et le ramène auprès de ses proches présents à la cérémonie.

Quête de vision
Tradition amérindienne très répandue au cours de laquelle les implorants, des hommes essentiellement, cherchent à recevoir des visions personnelles à travers l’épreuve et la solitude, et par l’acte rituel.

Racine de tabac
Il s’agit le plus souvent de racine de livèche (ligusticum), une des plantes composant le mélange à fumer de Black Elk,

Robe
Terme employé par Black Elk pour désigner le corps. « Le cerf dépose sa robe » signifie qu’il meurt. Il utilise également ce mot pour les pièces rectangulaires de coton coloré disposées sur l’autel. Dans les cérémonies, ces six « robes » symbolisent les principales directions (pouvoirs) de l’univers.

Sachet de tabac, sachet à prière
Carré de toile de coton de 2,5 cm de côté dans lequel on dépose une pincée de tabac que l’on associe à une pierre. Le tissu est ensuite noué aux quatre coins et passé dans un cordon. Ces cordons de « prières » sont ensuite utilisés comme des éléments de l’autel. Ainsi, Black Elk se sert de deux cordons pour son autel, l’un comprenant cent cinquante sachets, l’autre cinquante.

Sagesse, connaissance, pouvoir, générosité
Selon la philosophie du Peuple de la Terre, les niveaux successifs de forces cosmiques donnant vie à tout ce qui existe, et comprenant aussi bien les « lois de la nature » que les « voies du Créateur ». Black Elk emploie les mots amour et talent comme synonyme de générosité (En tant qu’humains, nous ne recevons qu’un peu de chaque).

Sept feux
Les sept principales cérémonies sacrées de la Nation Lakota. Egalement les Sept Feux du Conseil, c’est-à-dire les sept subdivision des Tetons Dakota.

Sifflet en os d’aigle
Sifflet de cérémonie à une seule note taillé dans l’os de l’aile (humérus) d’un aigle.

Taku wakan
« Le grand Mystère » en lakota. Signifie également « puissant ».

Tunkan Tipi
Expression lakota utilisée par Black Elk pour signifier la loge des Êtres Pierre. Tun veut dire « naissance » ; kan, « âge », et tipi, « maison ». 

Tunkashila
Nom lakota du Grand-Père ou de l’aspect mâle du Créateur. Mieux traduit par « Dieu ». (Prononcer Toon-Kash’-she-la).

Wasichu
« Homme Blanc » (prononcer waa-she’-chew).

Yuwipi
Cérémonie d’appel des esprits spécifiquement lakota, au cours de laquelle le chaman est ficelé dans une couverture et libéré ensuite par les esprits au cours de leur visite. Cette cérémonie offre de multiples applications dans les domaines de la santé et de l’assistance à autrui.


*Source : Black Elk : les voies sacrées d’un Sioux lakota, de Wallace Black Elk et William S. Lyon, éd. Le Mail 1995